concert Krabo Olivia Tampon-Lajarriette et JB Detraz

La scène ou les évidences de mon premier concert

J’ai chaud, très chaud.
Je suis impatiente, très impatiente.

La salle est bondée de monde, je croise des têtes que je connais et des têtes que je devrais connaître mais que j’ai oublié.

Une partie de moi est en veille pour me laisser la force d’y aller. Dans ma gorge ce n’est pas le trac mais bien les restes de cette maladie qui m’a épuisée il y a quelques jours. Dans mon ventre, ce n’est pas le trac mais le calme, cette pyrolyse des menstruations qui vient nettoyer tout ce qui n’a plus besoin d’être.

La chaleur dans mon corps, c’est sûrement ça le trac. Cette excitation qui monte. Vouloir y aller, enfin, après toutes ces années, passer de l’autre côté.


JB, mon pianiste, est déjà sur scène. Je dis « mon » car dès notre première répétition il m’a fait vivre cette sensation d’être accueillie, soutenue dans une joie et un plaisir de partager notre amour des mélodies jazz.

JB commence à jouer, c’est le signe, je dois attendre un peu mais pas trop. Je traverse la salle, encore toute éclairée, je pensais pouvoir me cacher dans le noir, mais non je voulais être dans la lumière, j’assume.

Quand je serai grande, je serai chanteuse

Je touche ma robe, elle est ma parure, mon armure et mon costume. Elle m’aide à me rappeler que ce n’est qu’un jeu. Je joue à « la chanteuse ». Comme lorsque je disais petite ou que j’écrivais sur mon blog : « quand je serai grande, je serai… chanteuse ! »

J’ai ressorti la panoplie de la femme-féminine : les ongles sont rouges, le décolleté est plongeant, les cheveux domptés, les yeux réhaussé de maquillage.

Je sens le sol, mes pieds nus m’aident à me rappeler où je suis, pourquoi j’ai choisi de chanter. Garder le contact avec le sol, je suis un canal. Je suis un amplificateur, tout ce que je ressens, tout l’amour que je connecte, je vais l’amplifier.


Pour une fois on ne me dira pas « tais toi », « trop fort », « voyons tu en fais trop »… ensuite on me dira « tu n’en as pas fait assez, c’est la scène amuses toi ». Comme quoi on est trop pour certains et pas assez pour d’autre.


Chanter c’est être un amplificateur d’amour

Jouer à la chanteuse, c’est m’autoriser à amplifier cet amour fou que je ressens si fort dedans et qui reste prisonnier car je n’arrive que rarement à exprimer son intensité. L’Amour pour moi, c’est cette énergie qui nous rend vivant, ce n’est pas juste le couple romantique d’Hollywood ou des contes de fées. C’est cette vague, cet élan du dedans qui nous aide à vivre vraiment même quand la vie nous fait boire la tasse.

J’avance vers la scène portée par la douce mélodie du piano. Un pas, j’inspire, un pas, j’expire, je veux rester au présent, tout retenir pour ne rien oublier… pourtant une pensée persiste. Pourquoi ?, pourquoi, j’ai tant attendu, pourquoi j’avais si peur. Je ne vais pas sur scène pour moi, pas pour me montrer, j’y vais pour leur faire ressentir la puissance de la vie, la folie de nos émotions qui nous font nous envoler avant de nous écraser.

Un pas, une respiration et tout oublier, le texte que j’avais écrit pour nous présenter, les traumas du passé, les injonctions à « vivre caché pour être heureux ».

Ce que je sens le plus c’est mon sourire, il est si grand que j’ai l’impression que je fais du yoga du visage. « Enfin ! » c’est ce que j’entends en prenant le microphone face à cette foule assise, sage, bienveillante et attentive.

Enfin !

« Enfin ! » Ma voix intérieure me hurle. « Enfin ! » On va bien s’amuser. J’ai attendu d’avoir 42 ans pour m’autoriser à m’amuser vraiment, sans limite et dans une robe à paillettes !

Je prononce un remerciement maladroit et enjoué. Je me surprends de ne pas trembler, j’ai juste oublier mon texte, tant pis j’ai les paroles devant moi pour me rassurer.

Merci d’être venu. Le K-rabo ce lieu qui aura été un lieu de renaissance pour moi, un magnifique écrin pour y vivre de nombreuses premières fois. Un lieu doux et enveloppant où l’on se sent comme à la maison. Ces maisons chaleureuses où l’on est attendu, aimé, choyé.


Je m’accroche à son regard et ses mains. JB par son rythme et son enthousiasme calme et rassurant me lance, me porte, me soutient. Le piano est mon ancre, il me maintient dans la réalité quand mes émotions me font me perdre.

« Smile », on a choisi cette première chanson car je savais que je l’aurai en regardant mes amis au premier rang. Merci à vous d’être là. Merci bouclette pour ton soutien et ton optimisme qui m’a porté lorsque la fatigue me démotivait.

Et puis les mélodies…

J’ai vraiment voulu retenir ce que j’ai ressenti et pourtant je n’ai pas de véritables souvenirs. Une sensation reste, cette évidence.


L’évidence que l’amour circule

Je sens que mes notes vont loin, partent faire des câlins.
Pour la première fois, je me sens illimitée dans ma capacité à aimer. La foule est grande, pour une première fois en tout cas, 120/150 personnes qui posent leur regard sur notre duo, sur moi un peu coincée avec mon micro à la main.
J’ai envie de leur demander de fermer les yeux, d’écouter, de se laisser porter dans les notes des mélodies. Le nombre importe peu car les vibrations sonnent loin et mes câlins invisibles, pour une fois, n’ont pas de fin.
J’avais peur de leur regard et pourtant une fois sur scène c’est leur forme que je remarque. Leur contour qui révèlent une vie et une vérité unique. Je n’avais déjà pas d’objectif de « réussir » mais bien « d’oser ». Une fois ici, sur scène, devant eux, devant vous, je réalise que les fausses notes ne sont pas techniques, mais bien émotionnelles.


L’évidence de l’intensité

Chaque chanson me connecte à une couleur émotionnelle. Au delà des paroles, la mélodie, l’intention de son auteurice et compositeurice me permet de déployer la puissance des émotions restés enfouies, sage jeune fille, sage jeune femme, trop sage qui a envie de hurler ce qu’elle ressent.

Je me noie dans ces vagues, mieux que dans un roller coaster, je pleure de désespoir puis je m’émerveille d’une rencontre avant de m’amuser à séduire celui que j’aime.
Notre set, c’est JB qui l’a structuré, une calme, une dynamique et moi je me balance dans le spectre des émotions d’un extrême à l’autre. Comme un enfant que l’on fait tournoyer dans les airs, c’est grand, c’est fou.


L’évidence du plaisir

Je retrouve la joie des répétitions. Les fous rires des petits couacs, la concentration pour s’accorder, l’excitation lorsque le flow est palpable. Chaque chanson devient une petite bulle que l’on crée qui s’évaporent en laissant uniquement la trace d’un souvenir partagé.
Si mon corps ne fatiguait pas au bout de 3 heures, je pourrais chanter toute la journée. Cette période m’a reconnecté à la gratitude de voir mon corps être capable de chanter des heures en tenant malgré les insomnies, les angoisses, les traumas qui remontent et la peur qui sert la gorge.

Le plaisir de chanter combine pour moi le plaisir du beau, de parler (même si j’emprunte les textes des autres aujourd’hui), de partager et de l’authenticité. Si je ne crois pas en ce que je chante, si je ne suis pas dans l’instant présent, parfaitement en lien avec ce que j’exprime, l’amour est comme coupé.

Comme à chaque fois que l’on vit l’instant présent, les souvenirs sont flous. Je sens encore l’immense bonheur, les petits sauts d’excitation à la pause en allant saluer et embrasser chaleureusement celles et ceux qui sont venu pour m’écouter, pour vivre avec moi cette 1ere fois.
Je sens encore le sourire immense qui tire sur mon visage. Je sens mon corps qui s’éveille et vibre comme à mes 15 ans, cette période de vie où chaque première fois nous donne l’impression que tout est possible.
Je flotte et pourtant je suis là à chaque pas, chaque respiration, chaque note, chaque regard, chaque échange.


L’évidence du lien

Cette évidence du lien reste ma plus belle découverte. D’abord en fermant les yeux, puis en réussissant à capter les regards même au loin dans le noir, je sentais notre connexion.

Comme lorsque l’on saute dans les vagues en hurlant de joie, je sentais la présence de cette foule, cette vague unie puis ma perception m’a permis de connecter à chaque goute, chaque personne. Ce lien simultané avec l’individu et le collectif, m’a fait replongé dans la complexité du vivant. Tout est relié, tout est lien et connexion, énergétiquement je le sais, j’en parle et témoigne au quotidien. Le concert m’a rappelé dans ma chair cette danse des particules, des couleurs, des vibrations, des sons, de nos vérités incarnées.

Boire une gorgée d’eau me permet de revenir en moi. Une petite pause pour boire pour remettre le focus du lien sur mon système intérieure avant de replonger à nouveau dans une vague d’amour, de partage, de vous.


Et puis la dernière chanson qui arrive trop vite. Une 22e chanson que j’annonce comme la dernière. Elle swing une dernière fois en invitant « Sway with me ». On sait bien qu’il y aura un rappel, c’est « ce qui se fait ».

Je ne connais pas les codes, les habitudes je n’en ai pas, j’ai hâte d’en créer.


Encore

Les applaudissements qui ont rythmés chaque chanson, continuent de plus fort. Pourtant ce ne sont pas eux que j’entends le plus mais mon cœur qui bat si fort. C’est ma voix intérieure qui me hurle en sautillant « Encore ».

Comme c’est bon de se sentir tellement reliée et ne pas pleurer la séparation.

« Encore » Il n’y aura pas de larmes car il y aura de nouveaux lienx, de nouvelles rencontres, de nouvelles mélodies, de nouveaux lieux toujours avec mon Amour et toujours avec vous.


Puis le retour au quotidien, le chapeau qui tourne dans les mains de mon amie qui récolte une pluie de billets (il faudra bien payer le temps et l’essence et la robe). Les résultats de notre concert est un succès qui se chiffre au bar.
Je suis fière que notre duo est permis à ce lieu que j’adore, et qui nous as fait confiance pour nos débuts, de gagner sa part. Un parfait bilan « gagnant gagnant » où chaque personnes se dit qu’il.elle n’aurait pas pu vivre mieux. La réalité de ces nombres me confirment que c’était bien réel, il y avait vraiment beaucoup de monde et que ça aussi c’était extra-ordinaire.


Puis l’épuisement, le corps qui s’effondre, froid, faim, fatigue. Je mange, je suis là sans trop y être. Je commence à douter, « est ce que c’était vraiment vrai ? On l’ fait ! » Ma petite voix intérieure continue « Encore », oui je l’ai fait, j’ai osé et j’en veux encore.


De « Enfin à Encore », une première fois sur scène qui était une évidence. Une évidence d’amour, d’intensité, de plaisir et de lien qui donnera le rythme et la mélodie de mon année 2023 qui s’ouvre devant moi.


Quelques chansons Jazz d’amour

enregistrée lors des répétitions (en attendant le montage du concert)

So this is Love

It dont’ mean a thing

Smile

Mad about the boy

Sway

What a difference a day made

Ces petits riens

Concert Affiche 14 janvier23 (2)


Jazz  Love night

« Olivia & JB vous invitent le 14 janvier au K-rabo à un concert Jazz intimiste. Vous pourrez vous laissez bercer au son des standards des plus belles chansons d’amour qui font swinguer, qui font pleurer et surtout qui nous font aimer.

Ce duo piano-voix rencontré au K-rabo est ravi de vous présenter son set pour la 1ere fois. Une soirée de Jazz douce et chaleureuse pour commencer l’année sous le signe de l’amour. »

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    J'assume enfin que je suis une chanteuse. Une chanteuse qui chante seule depuis toujours et qui cherche maintenant des musiciens. Je découvre le plaisir de chanter en public, pas

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