Je voulais vous parler à nouveau de la notion de « victime ». J’ai aimé le film « mon Roi » (ma critique ici) et j’ai été assez déstabilisée par les remarques des acteurs qui disent « non, c’est l’amour, cela n’excuse pas tout.. quoique », « tous les hommes sont comme ça » (heuuuu non,  heureusement pour nous, tous ne sont pas des pervers narcissiques), « il n’y a pas de victime ou de bourreau, c’est juste un couple passionnel », « ce n’est pas une pauvre fille manipulée par un salaud ».

Revenons sur cette idée qu’une victime serait forcément une » pauvre fille ».

Je trouve cela triste, réducteur et dangereux de penser comme cela. Tony est avocate, elle est bien entourée, elle est aimée mais pourtant elle reste un être humain. C’est une femme comme toutes les autres, avec ses blessures, ses peurs et ses désirs. Elle n’est donc pas responsable d’être une victime, c’est bien le principe des victimes ! Elles essaient de s’en sortir mais pas dans la bonne direction et pas de la bonne manière.

Tony dans Mon roi amoureuse d'un pervers narcissique et victime (et pas une pauvre fille)

Tony dans « mon Roi » amoureuse et victime d’un pervers narcissique (et pas une pauvre fille).

Je pourrais en parler pendant des heures, mais vous avez déjà compris mon propos. Une victime, c’est comme une grenouille fatiguée. Ce n’est pas de sa faute si elle est tombée sur quelqu’un qui sait manier la température de l’eau comme un pro de la manipulation !

Voici l’histoire de la grenouille cuite : 

Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille (oui, c’est vous, enfin, c’est la victime).
Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
Puis la température continue à grimper. L’eau est maintenant chaude, et c’est un peu plus que n’apprécie la grenouille. Elle se fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour autant.
L’eau est cette fois vraiment chaude, et la grenouille commence à trouver cela désagréable. Mais elle s’est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. Elle n’a pas la force de se débattre.
Enfin, la température continue à monter, et la grenouille finit tout simplement par cuire. La grenouille est morte (gloups).

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée de la marmite.

Donc oui, nous sommes tous des victimes grenouille, je dis bien tous ! Nous sommes tous un jour des victimes :

  • de nos croyances : je vous laisse revoir la publicité géniale de Dove ! Nous sommes bien victime de nous même et de nos complexes.
  • de nos peurs : toutes nos peurs, depuis le vertige, jusqu’aux araignées, en passant par la peur de ne pas être aimé. On peut être victime d’une mini araignée ou un petit serpent tout comme d’un manipulateur ou d’une pente un peu trop abrupte.
  • de notre histoire : on a tous un vécu qui conditionne notre vision de la vie. Si vous croyez que l’amour fait souffrir, oui vous souffrirez. Cela fonctionne aussi avec la vision « je suis malheureuse de faire métro boulot dodo » ou tout autre élément de vos histoires qui font votre histoire.
  • de nos traumas : j’en ai beaucoup parlé vis à vis de la violence et du harcèlement de rue (ici et ici et ici). Il n’y a pas non plus les victimes qui l’ont bien mérité. C’est une autre catégorie que celle de « la pauvre »… celle ci doit être simplement conne d’avoir mis une jupe ! Hélas … si c’était si simple.
  • de nos besoins : d’amour, de sécurité, d’attention… nous sommes prêts à sacrifier beaucoup pour garder notre sécurité (je vous laisse faire le parallèle avec la casserole et un endroit bien cosy qui nous protège des gens autour).
  • du roi « carte bleue » : oui celui avec son copain « Maître marketing » qui nous fait croire que nous serions tellement plus heureux avec un nouveau téléphone ou la dernière paire de bottes à la mode.
  • … je vous laisse continuer la liste pour réaliser que, oui, nous sommes tous des victimes.

J’aimerais que nous soyons plus gentils avec les victimes nous-mêmes. J’aimerais que nous comprenions que, sans le vouloir, (et sans être comme les manipulateurs) nous pouvons devenir bourreau puis redevenir victime sans avoir vraiment compris comment nous sommes passé de la casserole (avec une personne) à celui qui joue avec le feu (pour une autre).

Je continue de croire en un monde de bisounours et de licornes magiques où les victimes seront cajolées et aimées, où les bourreaux-manipulateurs seront condamnés à la hauteur des traumas. Je continue de croire qu’un jour on s’aimera tous suffisamment pour réparer vite vite les personnes qui veulent nous détruire.

Et vous, de qui/ quoi êtes vous victime ?